Deux acheteurs visitent un appartement avec un agent immobilier.
Publié le 28 octobre 2026

Deux acheteurs qui financent le même bien à hauteur de 70 000 € et 30 000 € ne détiennent pas automatiquement 50 % chacun. La règle de base est simple : les parts de propriété se répartissent selon les montants réellement engagés par chacun, à condition de le formaliser par écrit dans l’acte d’achat. Sans mention explicite, la loi considère souvent les coacquéreurs comme propriétaires à parts égales, même en cas d’apport très inégal.

Ce guide détaille comment traduire concrètement un financement inégal en quotes-parts justes, quelles clauses prévoir pour sécuriser la répartition et quels réflexes adopter avant de signer chez le notaire.

Répartir les parts à deux : les repères essentiels

  • Les quotes-parts sont fixées librement dans l’acte authentique signé chez le notaire.
  • Sans mention, la loi présume souvent une détention à parts égales, même en cas d’apport inégal.
  • La répartition proportionnelle au financement total (apports + emprunt remboursé) reste la plus sécurisante.
  • Une convention d’indivision écrite protège chaque acheteur et organise les règles de sortie.

Indivision : comment les parts de propriété sont-elles réparties ?

Lorsque deux personnes achètent ensemble un bien sans créer de société, elles deviennent coindivisaires. L’indivision désigne cette situation juridique où plusieurs personnes détiennent des droits sur un même bien, chacune pour une fraction appelée quote-part. Ces quotes-parts se expriment généralement en pourcentage ou en fraction : 50/50, 60/40, 70/30, etc.

Le point décisif se joue au moment de la signature de l’acte authentique. Les coacquéreurs fixent librement la répartition des quotes-parts, à condition de l’écrire noir sur blanc. D’après les Notaires de France, à défaut de mention dans l’acte, la loi considère que chacun détient la même part, quel que soit le montant réellement financé. Autrement dit, un acheteur qui apporte 70 % du prix peut se retrouver juridiquement propriétaire de 50 % s’il n’a pas été vigilant lors de la rédaction. Pour comparer en amont les scénarios de financement et d’apport, le simulateur de crédit immobilier de Banque Populaire donne plus d’informations sur la capacité d’emprunt de chacun.

Chez le notaire, la mention des quotes-parts dans l’acte fixe juridiquement les droits de chaque acheteur.



La liberté contractuelle est large : les coindivisaires peuvent choisir une répartition strictement proportionnelle au financement, ou s’en écarter volontairement pour tenir compte, par exemple, d’un futur rééquilibrage. Dans tous les cas, la mention des quotes-parts dans l’acte constitue la preuve juridique de référence en cas de désaccord ultérieur ou de revente.

Quel impact lorsque les apports des deux acheteurs sont différents ?

Un financement inégal a trois conséquences concrètes : sur la part de propriété, sur la répartition des mensualités de crédit, et sur la fiscalité du bien. Reprenons un exemple fil rouge pour illustrer : Camille apporte 60 000 € de fonds propres, Dominique 20 000 €, et le couple contracte un emprunt commun de 120 000 € pour un bien de 200 000 €.

Si les quotes-parts suivent le financement total (fonds propres + part prise dans l’emprunt remboursé), la répartition reflète la réalité économique de l’achat. Si en revanche l’acte retient une détention à 50/50 sans compensation écrite, le co-acheteur qui a apporté davantage peut, en cas de revente ou de séparation, ne récupérer qu’une moitié du prix de vente, perdant une partie de son apport initial.

Sur le plan des mensualités, rien n’oblige à les régler à proportion des quotes-parts. En pratique, deux options coexistent : chacun paie la mensualité au prorata de sa part de propriété, ou chacun paie en fonction de ses revenus. La seconde option peut créer un écart avec les quotes-parts théoriques, qu’il faut documenter pour éviter toute contestation ultérieure.

Vigilance sur l’absence de formalisation : si le déséquilibre entre apports n’est pas tracé dans l’acte ou dans une convention d’indivision, le co-acheteur ayant financé le plus peut rencontrer de grandes difficultés à faire reconnaître ses droits lors d’une revente, d’une séparation ou d’une succession.

Côté fiscalité, la taxe foncière et, le cas échéant, l’impôt sur la plus-value immobilière lors d’une revente, se répartissent en principe selon les quotes-parts figurant à l’acte. Les règles précises varient selon le pays et la situation personnelle, raison pour laquelle il est utile de les vérifier auprès de l’administration fiscale compétente avant la signature.

Calculer les quotes-parts : méthodes et exemples concrets

La méthode la plus courante consiste à calculer la part de chacun dans le financement total du bien, en additionnant l’apport personnel et la part prise dans le capital emprunté. La formule tient en une ligne : quote-part de l’acheteur A = (apport A + part A dans l’emprunt) / prix total du bien.

Reprenons l’exemple de Camille et Dominique pour un bien à 200 000 €. Si l’emprunt de 120 000 € est contracté solidairement et que les mensualités seront remboursées à parts égales, chacun porte 60 000 € de capital. Camille totalise alors 60 000 + 60 000 = 120 000 €, soit 60 % du bien. Dominique totalise 20 000 + 60 000 = 80 000 €, soit 40 %. La répartition retenue dans l’acte sera donc de 60/40.

Apport et part d’emprunt de chacun : le calcul des quotes-parts se fait ligne par ligne, avant signature.



Si en revanche chacun rembourse une part différente des mensualités, par exemple Camille 70 % et Dominique 30 % en raison de revenus plus élevés chez Camille, le calcul évolue. Camille porterait alors 60 000 + 84 000 = 144 000 €, soit 72 % du bien, et Dominique 20 000 + 36 000 = 56 000 €, soit 28 %. Ce scénario illustre pourquoi la répartition réelle des remboursements doit être fixée avant la signature, et non improvisée ensuite.

Deux scénarios de répartition pour un bien à 200 000 € (apports 60 000 € / 20 000 €, emprunt 120 000 €)
Hypothèse de remboursement Quote-part Camille Quote-part Dominique
Mensualités à parts égales (50/50) 60 % 40 %
Mensualités selon revenus (70/30) 72 % 28 %

À noter : le capacité d’emprunt du couple reste encadrée par les règles bancaires. Selon la Banque de France, les normes du Haut Conseil de stabilité financière limitent à 35 % le taux d’effort maximum des emprunteurs et à 25 ans la durée des crédits à l’habitat, avec une marge de flexibilité pour une partie des nouveaux prêts. Ces règles concernent la capacité à emprunter, pas la répartition des parts entre coacquéreurs, qui reste une décision contractuelle à part entière.

Pour affiner les hypothèses en amont, le simulateur de crédit immobilier permet de visualiser l’effet d’un apport ou d’une durée différente sur la mensualité finale.

Convention d’indivision et clauses : quelles protections prévoir ?

Au-delà de la simple mention des quotes-parts dans l’acte d’achat, la convention d’indivision permet d’organiser dans le détail la gestion du bien et la sortie éventuelle de l’indivision. Elle est particulièrement recommandée lorsque les apports diffèrent sensiblement.

D’après le 119e Congrès des notaires de France (2023), la convention d’indivision doit être établie par écrit, désigner les biens indivis et indiquer les quotes-parts de chaque indivisaire. Sa durée maximale est de cinq ans lorsqu’elle est à durée déterminée, avec possibilité de renouvellement. Pour les immeubles, l’intervention du notaire et la publicité foncière sont obligatoires.

Les clauses à prévoir se regroupent en trois familles :

  • Clauses financières : quotes-parts, répartition des mensualités, des charges courantes, des travaux et des impôts liés au bien.
  • Clauses de gestion : règles de décision pour les travaux, l’entretien, la mise en location, la désignation d’un gérant éventuel de l’indivision.
  • Clauses de sortie : droit de préemption réciproque en cas de cession de part, modalités de rachat de la part de l’autre, méthode de valorisation du bien, délais applicables.
La convention d’indivision signée protège chaque acheteur selon sa part réellement financée.



Cas pratique

Camille et Dominique signent une convention d’indivision précisant une détention à 60/40, une répartition identique des mensualités et des charges, et une clause de rachat prioritaire en cas de séparation. Trois ans après l’achat, Dominique souhaite quitter l’indivision. La convention prévoit que Camille peut racheter la part de Dominique à sa valeur de marché, estimée par un expert indépendant désigné d’un commun accord. Dominique récupère alors 40 % de la valeur actuelle du bien, nette du capital restant dû, sans contestation possible sur la répartition initiale.

Le passage devant le notaire présente ici un double intérêt : il garantit la validité juridique de la convention et sa publicité foncière, et il permet d’anticiper les conséquences fiscales des différentes clauses. L’investissement est significatif mais réduit considérablement le risque de contentieux ultérieur.

Questions fréquentes sur la répartition des parts entre deux acheteurs

Même avec un cadre juridique posé, plusieurs interrogations reviennent fréquemment avant la signature. Voici les réponses aux plus courantes.

Vos questions sur la répartition des parts à deux
Faut-il obligatoirement répartir les parts à 50/50 ?

Non. Les coacquéreurs sont libres de fixer les quotes-parts qu’ils souhaitent dans l’acte authentique : 50/50, 60/40, 70/30, 80/20, etc. La répartition reflète en général le financement réel de chacun, mais elle peut aussi s’en écarter d’un commun accord.

Les parts peuvent-elles évoluer après l’achat ?

Oui, mais cela suppose un nouvel acte, le plus souvent une donation ou une cession de parts entre indivisaires, avec passage obligatoire devant le notaire et conséquences fiscales à anticiper. Mieux vaut fixer la répartition la plus juste dès l’origine pour éviter ces démarches.

Que se passe-t-il en cas de désaccord ou de revente ?

Nul n’est tenu de rester en indivision : chaque indivisaire peut en demander la sortie. En cas de revente, le prix est réparti selon les quotes-parts inscrites dans l’acte, après remboursement du capital restant dû. En cas de désaccord persistant, le recours au juge reste possible mais long et coûteux, ce qui plaide fortement pour une convention d’indivision solide dès le départ.

Quand consulter un notaire ou un professionnel ?

Dès que les apports diffèrent sensiblement ou que les acheteurs ne sont pas mariés. Le notaire sécurise la rédaction de l’acte et de la convention d’indivision. Un conseiller bancaire aide à cadrer le plan de financement et le taux d’endettement de chaque emprunteur en amont.

Prochaine étape utile : Avant tout rendez-vous notarial, chaque coacquéreur a intérêt à chiffrer précisément son apport, sa capacité d’emprunt et sa part attendue dans les mensualités, pour arriver avec une proposition de répartition déjà travaillée.

La répartition des quotes-parts n’est jamais imposée par un calcul automatique : c’est une décision à prendre à deux, en pleine conscience des montants engagés et des règles applicables. Pour avancer sereinement, il reste utile de se familiariser avec le processus d’obtention d’un prêt immobilier avant de finaliser la répartition des parts chez le notaire.

Rédigé par Marc Beaumont, rédige des contenus pédagogiques consacrés au financement immobilier et aux questions pratiques des acheteurs.